Ouverture du Cabinet
Octobre 2026
Béatrice Risso
Psychologue clinicienne
Dyslexie et dysorthographie · 03
Le haut potentiel, les parcours longs, les diagnostics tardifs
Certaines personnes traversent toute leur scolarité sans que rien ne soit signalé — non parce que la difficulté est légère, mais parce qu'elles ont trouvé seules de quoi la contourner. Ce sont celles qui arrivent le plus tard, et souvent les plus épuisées.
Il masque. La personne trouve seule des stratégies efficaces, les résultats suivent, et il n'y a donc rien à signaler : ni redoublement, ni convocation, ni bilan. Ce n'est pas que le trouble soit absent — c'est qu'il n'a jamais produit le symptôme qu'on surveille, à savoir l'échec.
Ce qui demeure, c'est le décalage entre l'aisance générale et le canal de l'écrit : des notes de dictée régulièrement basses au regard du reste des résultats, une automatisation jamais acquise malgré une exposition importante à l'écrit, des langues étrangères en échec à l'écrit spécifiquement, un évitement précoce et durable. La précision se maintient. La lenteur, elle, demeure.
Règle appliquée dans ce cabinet. Chez une personne identifiée à haut potentiel, un score sous le seuil ne suffit pas à écarter l'hypothèse : une épreuve chronométrée qui se situe au niveau le plus bas de son profil déclenche un examen attentif, même si les autres résultats sont bons. Le périmètre est restreint aux mesures chronométrées — chez l'adulte, la précision sature, et une alerte sans restriction se déclencherait chez presque tout le monde.
Il faut dire aussi ce que cette règle ne permet pas. L'écart entre le niveau intellectuel et le niveau de lecture ne définit pas le trouble et ne prédit pas la réponse à la remédiation. Cette approche par la discordance a été utilisée pendant des années, puis abandonnée : elle ne tient pas.
Il n'est donc jamais invoqué comme critère dans mes comptes rendus. Un haut potentiel identifié est un élément du contexte : il explique pourquoi rien n'a été repéré plus tôt, et il oblige à regarder de plus près. Il ne démontre rien à lui seul. Et une identification du haut potentiel reste une identification, jamais un diagnostic.
Ce que les personnes concernées décrivent en premier, ce n'est pas l'échec : c'est la quantité de travail fournie pour parvenir au même résultat que les autres. Là où d'autres racontent leurs méthodes, elles racontent leur effort et leur persévérance.
Ce coût ne s'arrête pas à la fin des études. Près de la moitié des adultes dyslexiques interrogés dans une enquête professionnelle estiment que cela a pesé sur leur progression de carrière. Une autre étude, portant sur des travailleurs dyslexiques d'une quarantaine d'années, montre que plus les émotions associées à ces difficultés sont négatives, plus le sentiment d'efficacité au travail est faible et l'anxiété élevée — indépendamment du niveau d'études et de l'âge.
Dans une enquête menée auprès d'étudiants dyslexiques, plus de quatre sur dix déclarent n'avoir reçu aucune aide en dehors des aménagements qui leur avaient été accordés — et un sur vingt seulement a bénéficié d'un accompagnement portant sur le vécu de ces difficultés, alors que c'est l'une des aides qu'ils auraient souhaitées.
C'est une des raisons pour lesquelles l'entretien de restitution de ce bilan n'est pas une formalité de clôture. Un tiers d'entre eux, par ailleurs, se sentent jugés ou discriminés lorsqu'ils en parlent autour d'eux : ce n'est pas un détail périphérique, c'est une partie de ce qui se joue le jour où l'on vient chercher des résultats.
Références
Ces travaux sont repris et discutés dans : Colé, P., Duncan, L. G. & Cavalli, E. (dir.), La dyslexie à l'âge adulte — approche neuropsychologique, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, 2020. Les données citées portent sur des étudiants de l'enseignement supérieur et sur de jeunes adultes instruits ; chez l'adulte sans études supérieures, la littérature reste très pauvre.