Ouverture du Cabinet
Octobre 2026
Béatrice Risso
Psychologue clinicienne
Dyslexie et dysorthographie · 02
La compensation, ce qu'elle atteint et ce qu'elle n'atteint jamais
Un adulte qui lit correctement peut être dyslexique. C'est même le cas le plus fréquent en cabinet : après vingt ou trente ans de stratégies, ce qui se voyait à huit ans ne se voit plus — mais rien n'a disparu.
Certaines choses finissent par rentrer dans la norme, et c'est une bonne nouvelle avant d'être un problème de mesure. La compréhension de ce qu'on lit, en particulier, se normalise très souvent — dès lors que la contrainte de temps est levée. Dans une étude portant sur des adultes dyslexiques diagnostiqués, les trois quarts obtenaient des résultats normaux en compréhension sans pression temporelle.
C'est pourquoi la compréhension est le plus mauvais critère qui soit pour repérer une dyslexie chez l'adulte. Une personne qui comprend parfaitement ce qu'elle lit peut y consacrer deux fois plus de temps que son voisin — et c'est ce temps-là qui porte l'information.
D'autres marqueurs, en revanche, ne se normalisent pas. Ils sont documentés de façon convergente dans la littérature.
On ne peut pas conclure à une dyslexie compensée en observant seulement les compensations, ni seulement les déficits. Il faut les deux : ce qui a été récupéré, et ce qui ne l'a pas été.
Elle existe, mais elle est peu fréquente : dans l'étude citée plus haut, deux personnes sur vingt-huit compensaient sur l'ensemble des composantes. La plupart des adultes concernés ont récupéré sur certains terrains et pas sur d'autres — c'est cette dissociation, et non un effondrement général, qui constitue le profil adulte.
Un détail vaut d'être connu, parce qu'il change la lecture d'un bilan : avoir été diagnostiqué dans l'enfance modifie la forme de la compensation. Les personnes repérées enfants tendent à normaliser leur compréhension sans contrainte de temps ; celles qui ne l'ont jamais été normalisent plutôt leur fluidité de lecture. Votre parcours antérieur conditionne donc l'allure de votre profil, et c'est une des raisons pour lesquelles le premier entretien s'intéresse autant à ce qui s'est passé à l'école.
Trois conséquences pratiques, qui expliquent la façon dont ce bilan est construit.
Les temps sont cotés autant que les scores. Chez l'adulte, la précision sature : presque tout le monde finit par lire juste. Le signal se trouve dans ce que cela coûte, c'est-à-dire dans la durée.
Un résultat dans la norme n'écarte rien à lui seul. Une épreuve de lecture réussie ne clôt pas la question ; elle est un élément parmi d'autres, à lire avec le reste.
La réussite n'est pas l'absence de retentissement lorsqu'elle coûte trop cher. Le temps passé sur l'écrit, le recours systématique à des aides, l'évitement de certaines situations, la fatigue attribuée à cet effort, la chute de performance dès qu'on est chronométré, une orientation professionnelle infléchie pour éviter d'écrire : tout cela documente un retentissement, même quand les résultats obtenus sont bons. Le DSM-5 le prévoit expressément.
Références
Ces travaux sont repris et discutés dans : Colé, P., Duncan, L. G. & Cavalli, E. (dir.), La dyslexie à l'âge adulte — approche neuropsychologique, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, 2020. Les données citées portent sur des étudiants de l'enseignement supérieur ; chez l'adulte sans études supérieures, la littérature reste très pauvre.